lundi 15 octobre 2012

Marie MERY, une sorcière ?

Les archives de la seigneurie d'Amougies et Russeignies, consultables aux Archives de l'Etat à Tournai, sont très riches.  Parmi les documents consultables, on trouve divers procès et notamment des procès pour sorcellerie.  Ceux-ci ont notamment fait l'objet d'un travail intitulé "Sorcières en Amougies-Russeignies au XVIIe siècle" par J. M. Vlieghe, consultable aux A.E.T.
 
 
 
Parmi tous ces documents on trouve une information ouverte à l'encontre de divers habitants d'Amougies et Russeignies.  Ces derniers ont accusé Marie MERY (à tord ou à raison, cela n'est pas précisé) d'être une sorcière et ont surtout voulu faire justice eux-mêmes.  Mais cela s'est retourné contre eux avec peut-être des conséquences, non précisées dans les documents consultés.
 
Dans cette affaire, plusieurs habitants, témoins des faits, ont été amenés à comparaître et à relater ce qu'ils ont vu et ce qu'a du subir cette pauvres Marie MERY.  Voici le détail des événéments sur base de ces divers témoignages.
 
Nous sommes le 18 juin 1684, dans le village de Russeignies (au nord de Tournai, près de Renaix)
 
Il y a beaucoup d'agitation, beaucoup de bruit et une grande multitude de peuple près de la Rosne (petite rivière traversant le village).

Sont présents : Martin et Denis HOELLE, Louis LE JOLLY, Antoine GOSSE, Jean-Baptiste ANRYS, Martin HOEL et Martin DUWAULT et d'autres.
 
D'un côté de la rivière, on trouve Martin HOELLE et de l'autre côté Louis LE JOLLY.  Ils tiennent chacun l'extrémité d'une corde, et liée à cette corde, plongée dans la rivière, Marie MERY !...
 
Elle est restée dans l'eau environ un quart d'heure, puis on l'a sortie et, liée à un bâton, on a traîné l'infortunée jusque dans la chambre dudit Martin HOELLE, sur la place dudit Russeignies.
 
Là ils l'assoient sur un banc et mettent un fagot au feu.  Ils l'invectivent, ils l'accusent, l'un disant qu'elle a fait mourir ses bestiaux, l'autre disant qu'elle l'avait ensorcelé et que si elle ne voulait pas défaire ce qu'elle avait fait, on la tuerait, on la brûlerait.  Et la pauvre Marie MERY se lamente.
 
On ferme porte et fenêtres de la chambre. Un grand feu brûle maintenant dans la cheminée.  Ils prennent Marie MERY, la pende à la cheminée au-dessus du feu.  Certains tiennent mêmes les cotrons de ladite Marie ouverts afin que le feu prenne mieux en dessous.  Finalement, la corde avec laquelle elle est attachée, brûle et se rompt.  Et Marie MERY tombe dans le feu.
 
Enfin on la retire du feu.  Marie a la partie honteuse et les jambes brûlées, elle est couchée dans la chambre dessous la table.  Plusieurs lui donnent encore des coups de pied et l'insultent, puis ils la laissent là, ils l'abandonnent, seule, couchée par terre.
 
Ainsi se termine ce récit, sans savoir ce qu'est devenue Marie MERY, sans savoir les conséquences pour ses accusateurs, ses tortionnaires.


 
Ce récit est basé sur les témoignages suivants :
  • Andrieu GOSSE fils d'Andrieu, né à Russeignies, âgé de 22 ans
  • Adrien GODEFFROY, laboureur, né à Russeignies, âgé de 34 ans
  • Augustin TINTENIER, manouvrier, né à Russeignies, âgé de 25 ans
  • Louis DUBURCQ, manouvrier, né à Russeignies, âgé de 23 ans
  • Paul GOSSE, laboureur, né à Russeignies, âgé de 47 ans
  • Liven BORIGHEM, carpentier, né à Russeignies, âgé de 37 ans
  • Jean KIERTAMPS fils, carpentier, né à Escanaffles, âgé de 44 ans
  • Ignace WILLOCQ, tailleur, né à Escanaffles, âgé de 25 ans
  • Daniel DE WALLE, manouvrier, né à Russeignies, âgé de 24 ans
  • Jean-Baptiste GOSSE fils d'Andrieu, né à Russeignies, âgé de 28 ans
Pour plus d'informations et de détails, on pourra consulter l'article que j'ai publié dans le Bulletin Généalogique Hainuyer n°60 de décembre 2004.
 

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